Piéger les fondatrices de frelons asiatiques

 

La chasse aux fondatrices en question

En 2008, cette méthode de lutte proposée par Jacques Blot, docteur en biologie, a été immédiatement condamnée et combattue par l’équipe du Muséum national d’histoire naturelle en s’appuyant sur une étude publiée en 1973 sur l’implantation de la guêpe germanique en Nouvelle-Zélande. Après plus de 10 ans d’observation du frelon et de pratique de la lutte, nous estimons que nous avons suffisamment de recul pour faire le point sur ce moyen de lutte.

Le frelon asiatique, Vespa velutina nigrithorax, a su s’implanter et démontrer son potentiel d’adaptation à notre territoire et sa capacité de nui­sance pour les abeilles, la biodiversité (insectes, oiseaux, flore…) et la santé humaine. L’espoir d’une régulation naturelle et rapide sans dommage pour les abeilles et l’environnement avancé par certains est illusoire. Chaque fois que le frelon à thorax noir peut perturber l’environne­ment ou mettre en danger nos abeilles, il convient d’intervenir.

La lutte doit reposer sur plusieurs piliers :

  • Le piégeage des fondatrices en automne et au printemps.
  • Le piégeage de saison pour réduire la prédation et la production des futures reproductrices.
  • Et enfin la destruction des nids.

Faut-il piéger au printemps ?

Les arguments avancés contre le piégeage des fondatrices au printemps sont :

  1. « C’est inefficace. »
  2. « C’est contreproductif. »
  3. « Cela met en danger les espèces locales » et « La régulation naturelle de l’espèce est beaucoup mieux adaptée, la plupart des fondatrices ne passent pas naturellement l’hiver et la compétition au printemps permet d’éliminer les autres ».

En réalité, nous pouvons observer que le frelon pro­gresse rapidement sur le territoire, et qu’en phase de colonisation les nids sont de grande taille, avant que celle-ci diminue lorsque le nombre de nids explose. Ensuite, une certaine stabilité s’établit. Malheureuse­ment, celle-ci est souvent à un niveau insoutenable pour l’entomofaune, et surtout pour notre abeille « domestique » ainsi que pour les 800 espèces d’abeilles sauvages en France.

Reprenons chacun de ces arguments. 

 

■ INEFFICACITÉ ?
Lorsque le piégeage est bien conduit, nous pouvons constater la diminution considérable du nombre de nids, au niveau individuel comme collectif. L’exemple de la ville de Trélissac (Dordogne) , où le nombre de nids est passé de 40 à 5 sur l’ensemble de la com­mune, est significatif ; tout comme celui du départe­ment du Morbihan où la commune qui reste la plus colonisée (Lorient) est une des rares à refuser la mise en place du piégeage collectif. Lorsque ce piégeage est pratiqué à titre individuel, on peut espérer l’assainissement de la zone sur un rayon d’environ 1 km autour du lieu de piégeage. Cela est insuffisant pour protéger totalement les ruchers, mais permet de retarder considérablement la prédation et de dimi­nuer ses impacts délétères. Pour être efficace, le pié­geage doit respecter certaines règles comme le type de pièges, la qualité des appâts, la maintenance, les emplacements et les dates.

■ UN PIÉGEAGE CONTREPRODUCTIF ?

Parce qu’il perturberait la compétition entre les fon­datrices ? Il est vrai que nous pouvons parfois obser­ver le résultat de la lutte entre fondatrices pour les nids au printemps. Ainsi, on peut retrouver des fre­lons adultes au printemps en dessous de nids en for­mation, et cette mortalité est probablement due à des combats entre femelles fécondées pour s’appro­ prier un emplacement, voire bénéficier de l’avancée du nid. Néanmoins, affirmer que cela pourrait garan­tir une implantation distante entre chaque colonie est un argument en réalité peu recevable. S’il est assez rare, mais possible, de voir des nids proches dans des zones peu favorables au développement du frelon, il est assez fréquent que les nids soient re­lativement proches (parfois plusieurs sur des arbres voisins et plusieurs années de suite) dans les zones favorables et lorsque la lutte n’a pas été organisée. Nous avons pu obser­ver 4 nids, dont 3 asiatiques et 1 eu­ropéen, répartis dans les angles d’un ancien corps de ferme de 20 mètres sur 30. Il nous est ar­rivé aussi de trouver 4 nids sur un même chêne la même année.
En fait, la compétition entre les fon­datrices permet surtout à l’espèce de favoriser les individus les plus précoces et les plus forts, capables de construire les plus gros nids. De plus, un grand nombre de repro­ductrices sont poussées à s’installer plus loin, per­mettant d’accélérer la colonisation, la diffusion et le brassage génétique. Avec le piégeage, nous indui­sons la sélection inverse.

■ MISE EN DANGER DES ESPÈCES LOCALES ?
RÉGULATION NATURELLE PLUS ADAPTÉE ?

Malheureusement, aucune étude sérieuse n’a été publiée sur l’impact du frelon sur les espèces locales. Il peut être considérable, beaucoup plus important que la pose des pièges. Nous avons estimé qu’un seul couple de passereaux insectivores consomme au printemps, période préconisée pour le piégeage, autant d’insectes que 30 à 40 pièges, sans pouvoir assurer aussi bien la capture des fondatrices. Et lorsque certains affirment que la plupart des fonda­trices piégées n’auraient pas passé l’hiver, c’est un argument typique de la mauvaise foi, puisque le dis­positif consiste à piéger les survivantes de l’hiver.

■ OBJECTIFS DU PIÉGEAGE DE PRINTEMPS

Les objectifs du piégeage de printemps sont évidemment, à court terme, de limiter le déve­loppement du frelon, le nombre de nids et les effets de la prédation. À plus long terme, nous pouvons raison­nablement espé­rer une régulation soutenable. En effet, ce sont les fondatrices en train d’élever que nous cap­turons en priorité, celles qui ont les plus forts besoins en calories. En les capturant, nous éliminons les individus les plus dangereux, même si nous permettons parfois l’installation des individus les plus faibles et surtout les plus tardifs. Moins nombreux avec des nids de petite taille. C’est une sélection favorable à la cohabitation avec ce préda­teur. Malheureusement, l’absence de piégeage dans de nombreuses zones ralentit considérablement ce processus en maintenant des pépinières à frelon asiatique.

 

nid frelon asiatique

Comment piéger ?

■ LES DATES
Pour les régions colonisées depuis plusieurs années, nous recommandons de le pratiquer durant tout le printemps, c’est-à-dire à partir de la floraison des pruniers, pêchers ou ceri­siers ou l’arrivée des hiron­delles jusqu’à la floraison du châtaignier. C’est la saison la plus efficace pour empêcher l’implantation des nids. Plus précocement, mi-février, l’opération est à réserver à la proximité des anciens nids dans les zones en phase de colonisation, pour éviter la dissémination. À partir de juin, le piégeage devient très difficile. Rappelons que la lutte contre les fondatrices commence dès l’automne par la des­truction des nids et le piégeage.

■ LES EMPLACEMENTS
V. velutina reconstruit souvent aux mêmes emplace­ments. Ce sont les secteurs à privilégier, ainsi que les ruchers très attractifs.

Où placer les pièges ?

Plutôt au soleil du matin et ombre de l’après-midi. Dépla­cer les pièges sous les arbres mellifères en fleurs est une excellente pratique.

■ QUELS PIÈGES?
Les pièges-cloches du commerce ainsi que les petits pièges japonais (Véto-Pharma) sont performants. Bri­coler les pièges est souvent une solution de dépan­nage. Dans ce cas, préférer les grandes ouvertures pour une meilleure diffusion des arômes. Il existe d’autres types de piégeage, performants mais très chronophages.

■ LES APPÂTS
Les recettes sont nombreuses ; le panaché, agrémenté ou non, fait preuve d’efficacité. Pour les sirops rajoutés, il convient de prêter atten­tion aux marques utilisées et de faire vos propres es­sais.

Essayez plusieurs appâts par site, l’attractivité peut se modifier suivant les zones et les années. Pour le piégeage d’automne, il s’est révélé perfor­mant, mais assez long à démarrer.

Pour le printemps, il faut le tester. En Gironde par exemple, il semble que les appâts les plus effi­caces sont réalisés avec de la bière brune (3/4) et du vin blanc (1/4) parfumés avec du sirop de cassis ou de framboise.

■ LA MAINTENANCE
C’est un point fondamental si nous voulons éviter de trans­former les pièges en couvoirs à mouches. Il suffit d’enlever les captures avec une four­chette une fois par semaine et de compléter le niveau.

Laissez quelques frelons, leurs phéromones semblent attirer leurs congénères.

Depuis plus d’un décennie, le piégeage a montré son utilité dans la lutte contre le frelon asiatique. Un programme de lutte collective améliore les résultats.

A l’instar de la lutte contre varroa, tout relâchement se traduit par une pression supplémentaire sur les colonies.

 

 

Addresse

lieu dit Vors

81140 Castelnau-de-Montmiral